Récit d’une
enfance créole
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Le père d’Edouard Le morne Bezaudin : le lieu
« incontournable » |
Edouard Glissant naît en
Martinique le 21 septembre 1928 à Bezaudin, morne qui
fait partie de la commune de Sainte-Marie, dans le Nord de l’île. Issu d’une
famille de cinq enfants, il porte alors le nom de sa mère, Godard (son père le
reconnaîtra lors de sa réussite à l’examen des bourses, marquant son entrée au
Lycée). Son père est géreur d’Habitation, personnage haut en couleur qui place
l’enfant au contact de la réalité coloniale : grande autorité et respect
de l’ordre établi. Le lieu de la naissance sera essentiel dans l’imaginaire du
futur écrivain : Glissant a souvent parlé de l’empreinte indélébile
laissée par ce paysage premier, ressenti, vécu, intériorisé par l’enfant, qui
est à quelques mois transporté au Lamentin, cœur urbain du centre de l’île.
C’est cette traversée primale qu’il rapporte encore dans le cinquième volume de
sa Poétique récemment publié, La Cohée du
Lamentin :
« Adrienne ma mère, peut-être considérée
bien hardie d’avoir mis au monde un autre petit Nègre, me prit sous un bras et
descendit la trace du Morne qui menait au bruit éternel de l’eau coulant là en
bas. J’avais un peu plus d’un seul mois d’existence, et il faut douter si
j’entendais ce bruissement qui sillonnait dans l’air et semblait arroser toutes
choses. Pourtant je l’écoute encore en moi. L’intense végétation ne présentait
pas une faille, pas une éclaircie, mais le soleil la perçait généralement avec
une violence sans rage, je les vois encore, nuit bleue des branchages et des
lames des feuilles et vivacité du jour. »
Edouard Glissant, La Cohée du Lamentin, Paris, Gallimard, 2005.
Consultez également un extrait de
l’intervention de Glissant au colloque « Paysage et poésies
francophones » (5 juin 2002, Université de Paris III, Sorbonne nouvelle),
dans lequel il évoque cette imprégnation singulière du paysage martiniquais
dans sa psyché, depuis cette traversée primale de l’île.
Enregistrement réalisé
par Gérard Le Moal, Christian Tortel
et Federico Nicotra, pour RFO. Video MPEG, taille du
fichier : 101 Mo ; patientez pour le téléchargement – à condition
d’être équipé du haut débit ; si ce n’est pas le cas, accédez à la version
sonore de cet extrait, en cliquant ici :
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Ecole primaire au Lamentin,
dans une atmosphère studieuse où il est hors de question pour les enfants de
parler le créole, soumis au strict apprentissage d’une discipline d’étude et de
rigueur (qui contraste bien avec la vie turbulente et sauvage des enfants du
bourg et des alentours que mène pourtant le petit Edouard, affrontant la
sévérité de sa mère). L’école de la Troisième République dans toute sa
splendeur, rehaussée de l’autorité coloniale.
Il est aussi enfant de chœur et fait partie des scouts – il lui en restera un sens aigu de la camaraderie (sur la photo du bas : accroupi, à droite).
Les escapades de
l’écolier sont fréquentes en pleine campagne, accompagnant son père sur les
plantations. Bien des années plus tard, il racontera dans La Lézarde
avoir fréquemment accompagné sa mère lors des lessives sur ce bras de mer qui
parcourt l’arrière-pays du Lamentin (« Je connais cette Lézarde des
lessives »). La famille connaît alors de sérieuses difficultés
matérielles, et les restrictions sont légion.
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Edouard est un excellent
élève, et en 1938, il est reçu à l’examen des bourses donnant le précieux
sésame pour le lycée. Il va pouvoir intégrer le prestigieux Lycée Shoelcher de Fort-de-France. Avec l’entrée au lycée, la fin
de l’enfance et l’accès au savoir des humanités.
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